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Jean Racine - Iphigénie en Aulide
Dieux ! qu'est-ce que j'entends ?
ACHILLE Seigneur, qu'osez-vous dire ?
AGAMEMNON Qu'il faut, Princes, qu'il faut que chacun se retire, Que d'un crédule espoir trop longtemps abusés, Nous attendons les vents qui nous sont refusés. Le ciel protège Troie. Et par trop de présages Son courroux nous défend d'en chercher les passages.
ACHILLE Quels présages affreux nous marquent son courroux ?
AGAMEMNON Vous-même consultez ce qu'il prédit de vous. Que sert de se flatter ? On sait qu'à votre tête Les Dieux ont d'Ilion attaché la conquête ; Mais on sait que, pour prix d'un triomphe si beau, Ils ont aux champs troyens marqué votre tombeau, Que votre vie ailleurs et longue, et fortunée, Devant Troie en sa fleur doit être moissonnée.
ACHILLE Ainsi pour vous venger tant de rois assemblés D'un opprobre éternel retourneront comblés ; Et Pâris, couronnant son insolente flamme, Retiendra sans péril la soeur de votre femme !
AGAMEMNON Hé quoi ! votre valeur, qui nous a devancés, N'a-t-elle pas pris soin de nous venger assez ? Les malheurs de Lesbos, par vos mains ravagée, Épouvantent encor toute la mer Égée. Troie en a vu la flamme. Et jusque dans ses ports, Les flots en ont poussé le débris et les morts. Que dis-je ? les Troyens pleurent une autre Hélène Que vous avez captive envoyée à Mycène ; Car, je n'en doute point, cette jeune beauté Garde en vain un secret que trahit sa fierté, Et son silence même, accusant sa noblesse, Nous dit qu'elle nous cache une illustre Princesse.
ACHILLE Non, non, tous ces détours sont trop ingénieux,
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