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Jean Racine - Iphigénie en Aulide
ACHILLE Seigneur, qu'a donc ce bruit qui vous doive étonner ?
AGAMEMNON
, à Ulysse.
Juste ciel ! saurait-il mon funeste artifice ?
ULYSSE Seigneur, Agamemnon s'étonne avec justice. Songez-vous aux malheurs qui nous menacent tous ? O ciel ! pour un hymen quel temps choisissez-vous ? Tandis qu'à nos vaisseaux la mer toujours fermée Trouble toute la Grèce et consume l'armée ; Tandis que pour fléchir l'inclémence des Dieux, Il faut du sang peut-être, et du plus précieux, Achille seul, Achille à son amour s'applique ? Voudrait-il insulter à la crainte publique, Et que le chef des Grecs, irritant les destins, Préparât d'un hymen la pompe et les festins ? Ah ! Seigneur, est-ce ainsi que votre âme attendrie Plaint le malheur des Grecs, et chérit la patrie ?
ACHILLE Dans les champs phrygiens les effets feront foi Qui la chérit le plus, ou d'Ulysse ou de moi. Jusque-là je vous laisse étaler votre zèle. Vous pouvez à loisir faire des voeux pour elle. Remplissez les autels d'offrandes et de sang. Des victimes vous-même interrogez le flanc. Du silence des vents demandez-leur la cause. Mais moi, qui de ce soin sur Calchas me repose, Souffrez, Seigneur, souffrez que je coure hâter Un hymen dont les Dieux ne sauraient s'irriter. Transporté d'une ardeur qui ne peut être oisive, Je rejoindrai bientôt les Grecs sur cette rive. J'aurais trop de regret si quelque autre guerrier Au rivage troyen descendait le premier.
AGAMEMNON O ciel ! pourquoi faut-il que ta secrète envie Ferme à de tels héros le chemin de l'Asie ? N'aurai-je vu briller cette noble chaleur Que pour m'en retourner avec plus de douleur ?
ULYSSE
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