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Jean Racine - Iphigénie en Aulide
Réveilleront leur brigue et leur prétention, M'arracheront peut-être un pouvoir qui les blesse... Va, dis-je, sauve-la de ma propre faiblesse. Mais surtout ne va point, par un zèle indiscret, Découvrir à ses yeux mon funeste secret. Que s'il se peut, ma fille, à jamais abusée, Ignore à quel péril je l'avais exposée. D'une mère en fureur épargne-moi les cris, Et que ta voix s'accorde avec ce que j'écris. Pour renvoyer la fille et la mère offensée, Je leur écris qu'Achille a changé de pensée, Et qu'il veut désormais jusques à son retour Différer cet hymen que pressait son amour. Ajoute, tu le peux, que des froideurs d'Achille On accuse en secret cette jeune Ériphile, Que lui-même captive amena de Lesbos, Et qu'auprès de ma fille on garde dans Argos. C'est leur en dire assez. Le reste, il le faut taire. Déjà le jour plus grand nous frappe et nous éclaire ; Déjà même l'on entre, et j'entends quelque bruit. C'est Achille. Va, pars. Dieux ! Ulysse le suit.
SCÈNE II - AGAMEMNON, ACHILLE, ULYSSE AGAMEMNON Quoi ! Seigneur, se peut-il que d'un cours si rapide La victoire vous ait ramené dans l'Aulide ? D'un courage naissant sont-ce là les essais ? Quels triomphes suivront de si nobles succès ! La Thessalie entière, ou vaincue, ou calmée, Lesbos même conquise en attendant l'armée, De toute autre valeur éternels monuments, Ne sont d'Achille oisif que les amusements.
ACHILLE Seigneur, honorez moins une faible conquête ; Et que puisse bientôt le Ciel, qui nous arrête, Ouvrir un champ plus noble à ce coeur excité Par le prix glorieux dont vous l'avez flatté ! Mais cependant, Seigneur, que faut-il que je croie D'un bruit qui me surprend et me comble de joie ? Daignez-vous avancer le succès de mes voeux ? Et bientôt des mortels suis-je le plus heureux ? On dit qu'Iphigénie, en ces lieux amenée, Doit bientôt à son sort unir ma destinée.
AGAMEMNON Ma fille ! Qui vous dit qu'on la doit amener ?
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