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Jean Racine - Iphigénie en Aulide
Ma fille ! Ah, Prince ! O ciel ! Je demeure éperdue. Quel miracle, Seigneur, quel Dieu me l'a rendue ?
ULYSSE Vous m'en voyez moi-même en cet heureux moment Saisi d'horreur, de joie et de ravissement. Jamais jour n'a paru si mortel à la Grèce. Déjà de tout le camp la discorde maîtresse Avait sur tous les yeux mis son bandeau fatal, Et donné du combat le funeste signal. De ce spectacle affreux votre fille alarmée Voyait pour elle Achille, et contre elle l'armée. Mais, quoique seul pour elle, Achille furieux Épouvantait l'armée, et partageait les Dieux. Déjà de traits en l'air s'élevait un nuage. Déjà coulait le sang, prémices du carnage. Entre les deux partis Calchas s'est avancé, L'oeil farouche, l'air sombre, et le poil hérissé, Terrible, et plein du Dieu qui l'agitait sans doute Vous, Achille, a-t-il dit, et vous, Grecs, qu'on m'écoute. Le Dieu qui maintenant vous parle par ma voix M'explique son oracle et m'instruit de son choix. Un autre sang d'Hélène, une autre Iphigénie, Sur ce bord immolée y doit laisser sa vie. Thésée avec Hélène uni secrètement Fit succéder l'hymen à son enlèvement. Une fille en sortit, que sa mère a celée. Du nom d'Iphigénie elle fut appelée. Je vis moi-même alors ce fruit de leurs amours. D'un sinistre avenir je menaçai ses jours. Sous un nom emprunté sa noire destinée Et ses propres fureurs ici l'ont amenée. Elle me voit, m'entend, elle est devant vos yeux, Et c'est elle, en un mot, que demandent les Dieux. Ainsi parle Calchas. Tout le camp immobile L'écoute avec frayeur, et regarde Eriphile. Elle était à l'autel, et peut-être en son coeur Du fatal sacrifice accusait la lenteur. Elle-même tantôt, d'une course subite, Était venue aux Grecs annoncer votre fuite. On admire en secret sa naissance et son sort. Mais, puisque Troie enfin est le prix de sa mort, L'armée à haute voix se déclare contre elle, Et prononce à Calchas sa sentence mortelle. Déjà pour la saisir Calchas lève le bras : Arrête, a-t-elle dit, et ne m'approche pas.
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