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Jean Racine - Iphigénie en Aulide
Calchas va dans son sang... Barbares ! arrêtez : C'est le pur sang du Dieu qui lance le tonnerre. J'entends gronder la foudre, et sens trembler la terre. Un Dieu vengeur, un Dieu fait retentir ces coups.
SCÈNE V - CLYTEMNESTRE, ULYSSE, ARCAS, AEGINE, GARDES ARCAS N'en doutez point, Madame, un Dieu combat pour vous. Achille en ce moment exauce vos prières. Il a brisé des Grecs les trop faibles barrières. Achille est à l'autel. Calchas est éperdu. Le fatal sacrifice est encor suspendu. On se menace, on court, l'air gémit, le fer brille. Achille fait ranger autour de votre fille Tous ses amis, pour lui prêts à se dévouer. Le triste Agamemnon, qui n'ose l'avouer, Pour détourner ses yeux des meurtres qu'il présage, Ou pour cacher ses pleurs, s'est voilé le visage. Venez, puisqu'il se tait, venez, par vos discours, De votre défenseur appuyer le secours ; Lui-même de sa main, de sang toute fumante, Il veut entre vos bras remettre son amante ; Lui-même il m'a chargé de conduire vos pas. Ne craignez rien.
CLYTEMNESTRE Moi, craindre ? Ah ! courons, cher Arcas. Le plus affreux péril n'a rien dont je pâlisse. J'irai partout. Mais, Dieux ! ne vois-je pas Ulysse ? C'est lui. Ma fille est morte, Arcas, il n'est plus temps.
ULYSSE Non, votre fille vit et les Dieux sont contents. Rassurez-vous. Le Ciel a voulu vous la rendre.
CLYTEMNESTRE Elle vit ! Et c'est vous qui venez me l'apprendre !
ULYSSE Oui, c'est moi, qui longtemps contre elle et contre vous Ai cru devoir, Madame, affermir votre époux ; Moi, qui jaloux tantôt de l'honneur de nos armes Par d'austères conseils ai fait couler vos larmes, Et qui viens, puisque enfin le ciel est apaisé, Réparer tout l'ennui que je vous ai causé.
CLYTEMNESTRE
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