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Jean Racine - Iphigénie en Aulide
De l'amour qui vous joint vous avez d'autres noeuds ; Vos yeux me reverront dans Oreste mon frère. Puisse-t-il être, hélas ! moins funeste à sa mère ! D'un peuple impatient vous entendez la voix. Daignez m'ouvrir vos bras pour la dernière fois, Madame, et rappelant votre vertu sublime... Eurybate, à l'autel conduisez la victime.
SCÈNE IV - CLYTEMNESTRE, AEGINE, GARDES CLYTEMNESTRE Ah ! vous n'irez pas seule, et je ne prétends pas ... Mais on se jette en foule au-devant de mes pas. Perfides, contentez votre soif sanguinaire.
AEGINE Où courez-vous, Madame, et que voulez-vous faire ?
CLYTEMNESTRE Hélas ! je me consume en impuissants efforts, Et rentre au trouble affreux dont à peine je sors. Mourrai-je tant de fois sans sortir de la vie ?
AEGINE Ah ! savez-vous le crime, et qui vous a trahie, Madame ? Savez-vous quel serpent inhumain Iphigénie avait retiré dans son sein ? Ériphile, en ces lieux par vous-même conduite, A seule à tous les Grecs révélé votre fuite.
CLYTEMNESTRE O monstre, que Mégère en ses flancs a porté ! Monstre, que dans nos bras les enfers ont jeté ! Quoi ! tu ne mourras point ? Quoi ! pour punir son crime... Mais où va ma douleur chercher une victime ? Quoi ! pour noyer les Grecs et leurs mille vaisseaux, Mer, tu n'ouvriras pas des abîmes nouveaux ? Quoi ! lorsque les chassant du port qui les recèle, L'Aulide aura vomi leur flotte criminelle, Les vents, les mêmes vents, si longtemps accusés, Ne te couvriront pas de ses vaisseaux brisés ? Et toi, Soleil, et toi, qui dans cette contrée Reconnais l'héritier et le vrai fils d'Atrée, Toi, qui n'osas du père éclairer le festin, Recule, ils t'ont appris ce funeste chemin. Mais, cependant, ô Ciel ! ô mère infortunée ! De festons odieux ma fille couronnée Tend la gorge aux couteaux, par son père apprêtés !
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