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Jean Racine - Iphigénie en Aulide
Le Roi de son pouvoir se voit déposséder, Et lui-même au torrent nous contraint de céder. Achille à qui tout cède, Achille à cet orage Voudrait lui-même en vain opposer son courage. Que fera-t-il, Madame ? Et qui peut dissiper Tous les flots d'ennemis prêts à l'envelopper ?
CLYTEMNESTRE Qu'ils viennent donc sur moi prouver leur zèle impie Et m'arrachent ce peu qui me reste de vie. La mort seule, la mort pourra rompre les noeuds Dont mes bras nous vont joindre et lier toutes deux. Mon corps sera plutôt séparé de mon âme Que je souffre jamais... Ah, ma fille !
IPHIGÉNIE Ah, Madame ! Sous quel astre cruel avez-vous mis au jour Le malheureux objet d'une si tendre amour ? Mais que pouvez-vous faire en l'état où nous sommes ? Vous avez à combattre et les Dieux et les hommes. Contre un peuple en fureur vous exposerez-vous ? N'allez point, dans un camp rebelle à votre époux, Seule à me retenir vainement obstinée, Par des soldats peut-être indignement traînée, Présenter, pour tout fruit d'un déplorable effort, Un spectacle à mes yeux plus cruel que la mort. Allez. Laissez aux Grecs achever leur ouvrage, Et quittez pour jamais un malheureux rivage. Du bûcher qui m'attend, trop voisin de ces lieux, La flamme de trop près viendrait frapper vos yeux. Surtout, si vous m'aimez, par cet amour de mère, Ne reprochez jamais mon trépas à mon père.
CLYTEMNESTRE Lui ! par qui votre coeur à Calchas présenté...
IPHIGÉNIE Pour me rendre à vos pleurs que n'a-t-il point tenté ?
CLYTEMNESTRE Par quelle trahison le cruel m'a déçue !
IPHIGÉNIE Il me cédait aux Dieux, dont il m'avait reçue. Ma mort n'emporte pas tout le fruit de vos feux.
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