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Jean Racine - Iphigénie en Aulide
Ah, Seigneur ! épargnez la triste Iphigénie. Asservie à des lois que j'ai dû respecter, C'est déjà trop pour moi que de vous écouter. Ne portez pas plus loin votre injuste victoire, Ou par mes propres mains immolée à ma gloire, Je saurai m'affranchir, dans ces extrémités, Du secours dangereux que vous me présentez.
ACHILLE Hé bien ! n'en parlons plus. Obéissez, cruelle, Et cherchez une mort qui vous semble si belle. Portez à votre père un coeur, où j'entrevoi Moins de respect pour lui que de haine pour moi. Une juste fureur s'empare de mon âme. Vous allez à l'autel, et moi, j'y cours, Madame. Si de sang et de morts le ciel est affamé, Jamais de plus de sang ses autels n'ont fumé. A mon aveugle amour tout sera légitime. Le prêtre deviendra la première victime ; Le bûcher, par mes mains détruit et renversé, Dans le sang des bourreaux nagera dispersé ; Et si dans les horreurs de ce désordre extrême, Votre père frappé tombe et périt lui-même, Alors, de vos respects voyant les tristes fruits, Reconnaissez les coups que vous aurez conduits.
IPHIGÉNIE Ah, Seigneur ! ah, cruel !... Mais il fuit, il m'échappe. O toi, quiveux ma mort, me voilà seule, frappe, Termine, juste Ciel, ma vie et mon effroi, Et lance ici des traits qui n'accablent que moi.
SCÈNE III - CLYTEMNESTRE, IPHIGÉNIE, AEGINE, EURYBATE, GARDES CLYTEMNESTRE Oui, je la défendrai contre toute l'armée. Lâches, vous trahissez votre reine opprimée !
EURYBATE Non, Madame, il suffit que vous me commandiez : Vous nous verrez combattre et mourir à vos pieds. Mais de nos faibles mains que pouvez-vous attendre ? Contre tant d'ennemis qui vous pourra défendre ? Ce n'est plus un vain peuple en désordre assemblé, C'est d'un zèle fatal tout le camp aveuglé. Plus de pitié. Calchas seul règne, seul commande : La piété sévère exige son offrande.
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