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Jean Racine - Iphigénie en Aulide
Tournez votre douleur contre ses ennemis. Déjà Priam pâlit ; déjà Troie en alarmes Redoute mon bûcher et frémit de vos larmes. Allez, et dans ces murs vides de citoyens, Faites pleurer ma mort aux veuves des Troyens. Je meurs dans cet espoir satisfaite et tranquille. Si je n'ai pas vécu la compagne d'Achille, J'espère que du moins un heureux avenir A vos faits immortels joindra mon souvenir, Et qu'un jour mon trépas, source de votre gloire, Ouvrira le récit d'une si belle histoire, Adieu, Prince, vivez, digne race des Dieux.
ACHILLE Non, je ne reçois point vos funestes adieux. En vain, par ce discours, votre cruelle adresse Veut servir votre père, et tromper ma tendresse ; En vain vous prétendez, obstinée à mourir, Intéresser ma gloire à vous laisser périr. Ces moissons de lauriers, ces honneurs, ces conquêtes, Ma main, en vous servant, les trouve toutes prêtes. Et qui de ma faveur se voudrait honorer, Si mon hymen prochain ne peut vous assurer ? Ma gloire, mon amour vous ordonnent de vivre. Venez, Madame, il faut les en croire, et me suivre.
IPHIGÉNIE Qui ? Moi ? Que contre un père osant me révolter, Je mérite la mort que j'irais éviter ? Où serait le respect ? Et ce devoir suprême ...
ACHILLE Vous suivrez un époux avoué par lui-même. C'est un titre qu'en vain il prétend me voler. Ne fait-il des serments que pour les violer ? Vous-même, que retient un devoir si sévère, Quand il vous donne à moi, n'est-il point votre père ? Suivez-vous seulement ses ordres absolus Quand il cesse de l'être et ne vous connaît plus ? Enfin, c'est trop tarder, ma Princesse, et ma crainte...
IPHIGÉNIE Quoi ! Seigneur ! vous iriez jusques à la contrainte ? D'un coupable transport écoutant la chaleur, Vous pourriez ajouter ce comble à mon malheur ? Ma gloire vous serait moins chère que ma vie ?
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