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Jean Racine - Iphigénie en Aulide

DORIS
Vous ne les suivez pas ?

ÉRIPHILE
Ah ! je succombe enfin.
Je reconnais l'effet des tendresses d'Achille.

Je n'emporterai point une rage inutile.

Plus de raisons. Il faut ou la perdre ou périr.

Viens, te dis-je. A Calchas je vais tout découvrir.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE - IPHIGÉNIE, AEGINE


IPHIGÉNIE

Cesse de m'arrêter. Va, retourne à ma mère,
AEgine, il faut des Dieux apaiser la colère.

Pour ce sang malheureux qu'on veut leur dérober,

Regarde quel orage est tout prêt à tomber.

Considère l'état où la Reine est réduite.

Vois comme tout le camp s'oppose à notre fuite ;

Avec quelle insolence ils ont de toutes parts

Fait briller à nos yeux la pointe de leurs dards.

Nos gardes repoussés, la Reine évanouie...

Ah ! c'est trop l'exposer, souffre que je la fuie ;

Et sans attendre ici ses secours impuissants,

Laisse-moi profiter du trouble de ses sens.

Mon père même, hélas ! puisqu'il faut te le dire,

Mon père, en me sauvant, ordonne que j'expire.

AEGINE
Lui, Madame ? Quoi donc ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

IPHIGÉNIE
Achille trop ardent l'a peut-être offensé.
Mais le Roi, qui le hait, veut que je le haïsse.

Il ordonne à mon coeur cet affreux sacrifice.

Il m'a fait par Arcas expliquer ses souhaits,

AEgine, il me défend de lui parler jamais.

AEGINE
Ah ! Madame !

IPHIGÉNIE
Ah, sentence ! Ah, rigueur inouïe !
Dieux plus doux, vous n'avez demandé que ma vie !

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