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Jean Racine - Iphigénie en Aulide

Aux champs thessaliens osèrent-ils descendre ?
Et jamais dans Larisse un lâche ravisseur

Me vint-il enlever ou ma femme ou ma soeur ?

Qu'ai-je à me plaindre ? Où sont les pertes que j'ai faites ?

Je n'y vais que pour vous, barbare que vous êtes,

Pour vous, à qui des Grecs moi seul je ne dois rien,

Vous, que j'ai fait nommer et leur chef et le mien,

Vous, que mon bras vengeait dans Lesbos enflammée,

Avant que vous eussiez assemblé votre armée.

Et quel fut le dessein qui nous assembla tous ?

Ne courons-nous pas rendre Hélène à son époux ?

Depuis quand pense-t-on qu'inutile à moi-même,

Je me laisse ravir une épouse que j'aime ?

Seul d'un honteux affront votre frère blessé

A-t-il droit de venger son amour offensé ?

Votre fille me plut, je prétendis lui plaire ;

Elle est de mes serments seule dépositaire.

Content de son hymen, vaisseaux, armes, soldats,

Ma foi lui promit tout, et rien à Ménélas.

Qu'il poursuive, s'il veut, son épouse enlevée,

Qu'il cherche une victoire à mon sang réservée :

Je ne connais Priam, Hélène, ni Pâris ;

Je voulais votre fille, et ne pars qu'à ce prix.

AGAMEMNON
Fuyez donc. Retournez dans votre Thessalie.
Moi-même je vous rends le serment qui vous lie.

Assez d'autres viendront, à mes ordres soumis,

Se couvrir des lauriers qui vous furent promis,

Et par d'heureux exploits forçant la destinée,

Trouveront d'Ilion la fatale journée.

J'entrevois vos mépris, et juge à vos discours

Combien j'achèterais vos superbes secours.

De la Grèce déjà vous vous rendez l'arbitre.

Ses Rois, à vous ouïr, m'ont paré d'un vain titre.

Fier de votre valeur, tout, si je vous en crois,

Doit marcher, doit fléchir, doit trembler sous vos lois.

Un bienfait reproché tint toujours lieu d'offense.

Je veux moins de valeur, et plus d'obéissance.

Fuyez. Je ne crains point votre impuissant courroux,

Et je romps tous les noeuds qui m'attachent à vous.

ACHILLE
Rendez grâce au seul noeud qui retient ma colère.
D'Iphigénie encor je respecte le père.

Peut-être, sans ce nom, le chef de tant de Rois

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