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Jean Racine - Iphigénie en Aulide

ACHILLE
Oubliez-vous qui j'aime, et qui vous outragez ?

AGAMEMNON
Et qui vous a chargé du soin de ma famille ?
Ne pourrai-je sans vous disposer de ma fille ?

Ne suis-je plus son père ? Etes-vous son époux ?

Et ne peut-elle ...

ACHILLE
Non, elle n'est plus à vous.
On ne m'abuse point par des promesses vaines.

Tant qu'un reste de sang coulera dans mes veines,

Vous deviez à mon sort unir tous ses moments,

Je défendrai mes droits fondés sur vos serments.

Et n'est-ce pas pour moi que vous l'avez mandée ?

AGAMEMNON
Plaignez-vous donc aux Dieux qui me l'ont demandée,
Accusez et Calchas et le camp tout entier,

Ulysse, Ménélas, et vous tout le premier.

ACHILLE
Moi !

AGAMEMNON
Vous, qui de l'Asie embrassant la conquête,
Querellez tous les jours le ciel qui vous arrête ;

Vous, qui vous offensant de mes justes terreurs

Avez dans tout le camp répandu vos fureurs.

Mon coeur, pour la sauver vous ouvrait une voie ;

Mais vous ne demandez, vous ne cherchez que Troie.

Je vous fermais le champ où vous voulez courir.

Vous le voulez, partez, sa mort va vous l'ouvrir.

ACHILLE
Juste ciel ! Puis-je entendre et souffrir ce langage ?
Est-ce ainsi qu'au parjure on ajoute l'outrage ?

Moi, je voulais partir aux dépens de ses jours ?

Et que m'a fait à moi cette Troie où je cours ?

Au pied de ses remparts quel intérêt m'appelle ?

Pour qui, sourd à la voix d'une mère immortelle,

Et d'un père éperdu négligeant les avis,

Vais-je y chercher la mort tant prédite à leur fils ?

Jamais vaisseaux partis des rives du Scamandre

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