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Jean Racine - Iphigénie en Aulide
Obéissez encor pour la dernière fois.
SCÈNE V - AGAMEMNON, seul AGAMEMNON A de moindres fureurs je n'ai pas dû m'attendre. Voilà, voilà les cris que je craignais d'entendre. Heureux si, dans le trouble où flottent mes esprits, Je n'avais toutefois à craindre que ses cris ! Hélas ! en m'imposant une loi si sévère, Grands Dieux, me deviez-vous laisser un coeur de père ?
SCÈNE VI - AGAMEMNON, ACHILLE ACHILLE Un bruit assez étrange est venu jusqu'à moi, Seigneur, je l'ai jugé trop peu digne de foi. On dit, et sans horreur je ne puis le redire, Qu'aujourd'hui par votre ordre Iphigénie expire, Que vous-même, étouffant tout sentiment humain, Vous l'allez à Calchas livrer de votre main. On dit que sous mon nom à l'autel appelée, Je ne l'y conduisais que pour être immolée ; Et que d'un faux hymen nous abusant tous deux, Vous vouliez me charger d'un emploi si honteux. Qu'en dites-vous, Seigneur ? Que faut-il que j'en pense ? Ne ferez-vous pas taire un bruit qui vous offense ?
AGAMEMNON Seigneur, je ne rends point conte de mes desseins : Ma fille ignore encor mes ordres souverains ; Et, quand il sera temps qu'elle en soit informée, Vous apprendrez son sort, j'en instruirai l'armée.
ACHILLE Ah ! je sais trop le sort que vous lui réservez.
AGAMEMNON Pourquoi le demander, puisque vous le savez ?
ACHILLE Pourquoi je le demande ? O ciel ! le puis-je croire, Qu'on ose des fureurs avouer la plus noire ? Vous pensez qu'approuvant vos desseins odieux, Je vous laisse immoler votre fille à mes yeux ? Que ma foi, mon amour, mon honneur y consente ?
AGAMEMNON Mais vous, qui me parlez d'une voix menaçante, Oubliez-vous ici qui vous interrogez ?
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