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Jean Racine - Iphigénie en Aulide
Vous armez contre Troie une puissance vaine, Si, dans un sacrifice auguste et solennel, Une fille du sang d'Hélène De Diane en ces lieux n'ensanglante l'autel. Pour obtenir les vents que le ciel vous dénie, Sacrifiez Iphigénie.
ARCAS Votre fille !
AGAMEMNON Surpris, comme tu peux penser, Je sentis dans mon corps tout mon sang se glacer. Je demeurai sans voix, et n'en repris l'usage Que par mille sanglots qui se firent passage. Je condamnai les Dieux, et sans plus rien ouïr, Fis voeu sur leurs autels de leur désobéir. Que n'en croyais-je alors ma tendresse alarmée ? Je voulais sur-le-champ congédier l'armée. Ulysse, en apparence approuvant mes discours, De ce premier torrent laissa passer le cours. Mais bientôt, rappelant sa cruelle industrie, Il me représenta l'honneur et la patrie, Tout ce peuple, ces rois à mes ordres soumis, Et l'empire d'Asie à la Grèce promis : De quel front immolant tout l'État à ma fille, Roi sans gloire, j'irais vieillir dans ma famille ! Moi-même (je l'avoue avec quelque pudeur), Charmé de mon pouvoir et plein de ma grandeur, Ces noms de Roi des Rois et de chef de la Grèce Chatouillaient de mon coeur l'orgueilleuse faiblesse. Pour comble de malheur, les Dieux toutes les nuits, Dès qu'un léger sommeil suspendait mes ennuis, Vengeant de leurs autels le sanglant privilège, Me venaient reprocher ma pitié sacrilège, Et présentant la foudre à mon esprit confus, Le bras déjà levé, menaçaient mes refus. Je me rendis, Arcas ; et, vaincu par Ulysse, De ma fille, en pleurant j'ordonnai le supplice. Mais des bras d'une mère il fallait l'arracher. Quel funeste artifice il me fallut chercher ! D'Achille, qui l'aimait, j'empruntai le langage. J'écrivis en Argos, pour hâter ce voyage, Que ce guerrier, pressé de partir avec nous, Voulait revoir ma fille, et partir son époux.
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