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Jean Racine - Iphigénie en Aulide

Faites chercher à Sparte Hermione, sa fille.
Laissez à Ménélas racheter d'un tel prix

Sa coupable moitié, dont il est trop épris.

Mais vous, quelles fureurs vous rendent sa victime ?

Pourquoi vous imposer la peine de son crime ?

Pourquoi moi-même enfin, me déchirant le flanc,

Payer sa folle amour du plus pur de mon sang ?

Que dis-je ? cet objet de tant de jalousie,

Cette Hélène, qui trouble et l'Europe et l'Asie,

Vous semble-t-elle un prix digne de vos exploits ?

Combien nos fronts pour elle ont-ils rougi de fois !

Avant qu'un noeud fatal l'unît à votre frère,

Thésée avait osé l'enlever à son père.

Vous savez, et Calchas mille fois vous l'a dit,

Qu'un hymen clandestin mit ce prince en son lit ;

Et qu'il en eut pour gage une jeune Princesse,

Que sa mère a cachée au reste de la Grèce.

Mais non, l'amour d'un frère, et son honneur blessé

Sont les moindres des soins dont vous êtes pressé.

Cette soif de régner, que rien ne peut éteindre,

L'orgueil de voir vingt Rois vous servir et vous craindre,

Tous les droits de l'empire en vos mains confiés,

Cruel, c'est à ces Dieux que vous sacrifiez ;

Et loin de repousser le coup qu'on vous prépare,

Vous voulez vous en faire un mérite barbare.

Trop jaloux d'un pouvoir qu'on peut vous envier,

De votre propre sang vous courez le payer,

Et voulez par ce prix épouvanter l'audace

De quiconque vous peut disputer votre place.

Est-ce donc être père ? Ah ! toute ma raison

Cède à la cruauté de cette trahison.

Un prêtre, environné d'une foule cruelle,

Portera sur ma fille une main criminelle ?

Déchirera son sein ? Et d'un oeil curieux

Dans son coeur palpitant consultera les Dieux ?

Et moi, qui l'amenai triomphante, adorée,

Je m'en retournerai, seule, et désespérée ?

Je verrai les chemins encor tout parfumés

Des fleurs dont sous ses pas on les avait semés ?

Non, je ne l'aurai point amenée au supplice,

Ou vous ferez aux Grecs un double sacrifice.

Ni crainte, ni respect ne m'en peut détacher.

De mes bras tout sanglants il faudra l'arracher.

Aussi barbare époux qu'impitoyable père,

Venez, si vous l'osez, la ravir à sa mère.

Et vous, rentrez, ma fille, et du moins à mes lois

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