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Jean Racine - Iphigénie en Aulide

Tendre au fer de Calchas une tête innocente,
Et respectant le coup par vous-même ordonné,

Vous rendre tout le sang que vous m'avez donné.

Si pourtant ce respect, si cette obéissance,

Paraît digne à vos yeux d'une autre récompense,

Si d'une mère en pleurs vous plaignez les ennuis,

J'ose vous dire ici qu'en l'état où je suis

Peut-être assez d'honneurs environnaient ma vie

Pour ne pas souhaiter qu'elle me fût ravie,

Ni qu'en me l'arrachant un sévère destin

Si près de ma naissance en eût marqué la fin.

Fille d'Agamemnon, c'est moi qui la première,

Seigneur, vous appelai de ce doux nom de père.

C'est moi qui, si longtemps le plaisir de vos yeux,

Vous ai fait de ce nom remercier les Dieux,

Et pour qui tant de fois prodiguant vos caresses,

Vous n'avez point du sang dédaigné les faiblesses.

Hélas ! avec plaisir je me faisais conter

Tous les noms des pays que vous allez dompter ;

Et déjà d'Ilion présageant la conquête,

D'un triomphe si beau je préparais la fête.

Je ne m'attendais pas que pour le commencer,

Mon sang fût le premier que vous dussiez verser.

Non que la peur du coup, dont je suis menacée,

Me fasse rappeler votre bonté passée.

Ne craignez rien. Mon coeur, de votre honneur jaloux,

Ne fera point rougir un père tel que vous,

Et si je n'avais eu que ma vie à défendre,

J'aurais su renfermer un souvenir si tendre.

Mais à mon triste sort, vous le savez, Seigneur,

Une mère, un amant attachaient leur bonheur.

Un roi digne de vous a cru voir la journée

Qui devait éclairer notre illustre hyménée.

Déjà, sûr de mon coeur à sa flamme promis,

Il s'estimait heureux, vous me l'aviez permis.

Il sait votre dessein, jugez de ses alarmes.

Ma mère est devant vous, et vous voyez ses larmes.

Pardonnez aux efforts que je viens de tenter

Pour prévenir les pleurs que je leur vais coûter.

AGAMEMNON
Ma fille, il est trop vrai. J'ignore pour quel crime
La colère des Dieux demande une victime,

Mais ils vous ont nommée. Un oracle cruel

Veut qu'ici votre sang coule sur un autel.

Pour défendre vos jours de leurs lois meurtrières,

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