|
Jean Racine - Iphigénie en Aulide
DORIS Quoi ! que méditez-vous ?
ÉRIPHILE Je ne sais qui m'arrête et retient mon courroux, Que par un prompt avis de tout ce qui se passe, Je ne coure des Dieux divulguer la menace, Et publier partout les complots criminels Qu'on fait ici contre eux et contre leurs autels.
DORIS Ah ! quel dessein, Madame !
ÉRIPHILE Ah ! Doris, quelle joie ! Que d'encens brûlerait dans les temples de Troie, Si troublant tous les Grecs, et vengeant ma prison, Je pouvais contre Achille armer Agamemnon ; Si leur haine, de Troie oubliant la querelle, Tournait contre eux le fer qu'ils aiguisent contre elle, Et si de tout le camp mes avis dangereux Faisaient à ma patrie un sacrifice heureux !
DORIS J'entends du bruit. On vient. Clytemnestre s'avance. Remettez-vous, Madame, ou fuyez sa présence.
ÉRIPHILE Rentrons. Et pour troubler un hymen odieux, Consultons des fureurs qu'autorisent les Dieux.
SCÈNE II - CLYTEMNESTRE, AEGINE CLYTEMNESTRE AEgine, tu le vois, il faut que je la fuie. Loin que ma fille pleure et tremble pour sa vie, Elle excuse son père, et veut que ma douleur Respecte encor la main qui lui perce le coeur. O constance ! O respect ! Pour prix de sa tendresse, Le barbare, à l'autel, se plaint de sa paresse. Je l'attends. Il viendra m'en demander raison, Et croit pouvoir encor cacher sa trahison. Il vient. Sans éclater contre son injustice, Voyons s'il soutiendra son indigne artifice.
SCÈNE III - AGAMEMNON, CLYTEMNESTRE, AEGINE AGAMEMNON Que faites-vous, Madame ? et d'où vient que ces lieux N'offrent point avec vous votre fille à mes yeux ?
|