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Jean Racine - Iphigénie en Aulide
Pourquoi me perdrait-il, s'il pouvait me sauver ? J'ai vu, n'en doutez point, ses larmes se répandre. Faut-il le condamner avant que de l'entendre ? Hélas ! de tant d'horreurs son coeur déjà troublé Doit-il de votre haine être encore accablé ?
ACHILLE Quoi ! Madame, parmi tant de sujets de crainte, Ce sont là les frayeurs dont vous êtes atteinte ? Un cruel (comment puis-je autrement l'appeler ?) Par la main de Calchas s'en va vous immoler ; Et lorsqu'à sa fureur j'oppose ma tendresse, Le soin de son repos est le seul qui vous presse ? On me ferme la bouche ? On l'excuse ? On le plaint ? C'est pour lui que l'on tremble et c'est moi que l'on craint ? Triste effet de mes soins ! Est-ce donc là, Madame, Tout le progrès qu'Achille avait fait dans votre âme ?
IPHIGÉNIE Ah cruel ! cet amour, dont vous voulez douter, Ai-je attendu si tard pour le faire éclater ? Vous voyez de quel oeil et comme indifférente J'ai reçu de ma mort la nouvelle sanglante. Je n'en ai point pâli. Que n'avez-vous pu voir A quel excès tantôt allait mon désespoir, Quand presque en arrivant un récit peu fidèle M'a de votre inconstance annoncé la nouvelle ! Qui sait même, qui sait si le Ciel irrité A pu souffrir l'excès de ma félicité ? Hélas ! il me semblait qu'une flamme si belle M'élevait au-dessus du sort d'une mortelle.
ACHILLE Ah ! si je vous suis cher, ma Princesse, vivez.
SCÈNE VII - CLYTEMNESTRE, IPHIGÉNIE, ACHILLE, AEGINE CLYTEMNESTRE Tout est perdu, Seigneur, si vous ne nous sauvez. Agamemnon m'évite, et, craignant mon visage, Il me fait de l'autel refuser le passage. Des gardes, que lui-même a pris soin de placer, Nous ont de toutes parts défendu de passer. Il me fuit. Ma douleur étonne son audace.
ACHILLE Hé bien ! c'est donc à moi de prendre votre place. Il me verra, Madame, et je vais lui parler.
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