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Jean Racine - Iphigénie en Aulide
Vous possédez des Grecs la plus riche contrée. Du sang de Jupiter issu de tous côtés, L'hymen vous lie encore aux Dieux dont vous sortez. Le jeune Achille enfin, vanté par tant d'oracles, Achille à qui le ciel promet tant de miracles, Recherche votre fille, et d'un hymen si beau Veut dans Troie embrasée allumer le flambeau. Quelle gloire, Seigneur, quels triomphes égalent Le spectacle pompeux que ces bords vous étalent, Tous ces mille vaisseaux, qui chargés de vingt Rois, N'attendent que les vents pour partir sous vos lois ? Ce long calme, il est vrai, retarde vos conquêtes, Ces vents depuis trois mois enchaînés sur nos têtes D'Ilion trop longtemps vous ferment le chemin. Mais parmi tant d'honneurs, vous êtes homme enfin : Tandis que vous vivrez, le sort, qui toujours change, Ne vous a point promis un bonheur sans mélange. Bientôt... Mais quels malheurs dans ce billet tracés Vous arrachent, Seigneur, les pleurs que vous versez ? Votre Oreste au berceau va-t-il finir sa vie ? Pleurez-vous Clytemnestre, ou bien Iphigénie ? Qu'est-ce qu'on vous écrit ? Daignez m'en avertir.
AGAMEMNON Non, tu ne mourras point, je n'y puis consentir.
ARCAS Seigneur ...
AGAMEMNON Tu vois mon trouble ; apprends ce qui le cause, Et juge s'il est temps, ami, que je repose. Tu te souviens du jour qu'en Aulide assemblés Nos vaisseaux par les vents semblaient être appelés. Nous partions. Et déjà par mille cris de joie, Nous menacions de loin les rivages de Troie. Un prodige étonnant fit taire ce transport. Le vent qui nous flattait nous laissa dans le port. Il fallut s'arrêter, et la rame inutile Fatigua vainement une mer immobile. Ce miracle inouï me fit tourner les yeux Vers la divinité qu'on adore en ces lieux. Suivi de Ménélas, de Nestor, et d'Ulysse, J'offris sur ses autels un secret sacrifice. Quelle fut sa réponse ! Et quel devins-je, Arcas, Quand j'entendis ces mots prononcés par Calchas !
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