|
Jean Racine - Iphigénie en Aulide
Elle est votre captive, et ses fers que je plains, Quand vous l'ordonnerez, tomberont de ses mains. Commencez donc par là cette heureuse journée. Qu'elle puisse à nous voir n'être plus condamnée. Montrez que je vais suivre au pied de nos autels Un Roi qui, non content d'effrayer les mortels, A des embrasements ne borne point sa gloire, Laisse aux pleurs d'une épouse attendrir sa victoire, Et par les malheureux quelquefois désarmé, Sait imiter en tout les Dieux qui l'ont formé.
ÉRIPHILE Oui, Seigneur, des douleurs soulagez la plus vive. La guerre dans Lesbos me fit votre captive, Mais c'est pousser trop loin ses droits injurieux Qu'y joindre le tourment que je souffre en ces lieux.
ACHILLE Vous, Madame ?
ÉRIPHILE Oui, Seigneur ; et, sans compter le reste, Pouvez-vous m'imposer une loi plus funeste Que de rendre mes yeux les tristes spectateurs De la félicité de mes persécuteurs ? J'entends de toutes parts menacer ma patrie, Je vois marcher contre elle une armée en furie. Je vois déjà l'hymen, pour mieux me déchirer, Mettre en vos mains le feu qui la doit dévorer. Souffrez que loin du camp, et loin de votre vue, Toujours infortunée, et toujours inconnue, J'aille cacher un sort si digne de pitié, Et dont mes pleurs encor vous taisent la moitié.
ACHILLE C'est trop, belle Princesse. Il ne faut que nous suivre. Venez, qu'aux yeux des Grecs Achille vous délivre, Et que le doux moment de ma félicité Soit le moment heureux de votre liberté.
SCÈNE V - CLYTEMNESTRE, ACHILLE, IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, ARCAS, AEGINE, DORIS ARCAS Madame, tout est prêt pour la cérémonie, Le Roi près de l'autel attend Iphigénie, Je viens la demander. Ou plutôt contre lui, Seigneur, je viens pour elle implorer votre appui.
|