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Jean Racine - Iphigénie en Aulide
Mais n'importe, il le veut, et mon coeur s'y résout. Ma fille, ton bonheur me console de tout : Le ciel te donne Achille, et ma joie est extrême De t'entendre nommer... Mais le voici lui-même.
SCÈNE III - ACHILLE, CLYTEMNESTRE ACHILLE Tout succède, Madame, à mon empressement. Le Roi n'a point voulu d'autre éclaircissement ; Il en croit mes transports. Et sans presque m'entendre, Il vient, en m'embrassant, de m'accepter pour gendre. Il ne m'a dit qu'un mot. Mais vous a-t-il conté Quel bonheur dans le camp vous avez apporté ? Les Dieux vont s'apaiser. Du moins Calchas publie Qu'avec eux, dans une heure, il nous réconcilie ; Que Neptune et les vents, prêts à nous exaucer, N'attendent que le sang que sa main va verser. Déjà dans les vaisseaux la voile se déploie ; Déjà sur sa parole ils se tournent vers Troie. Pour moi, quoique le Ciel, au gré de mon amour, Dût encore des vents retarder le retour, Que je quitte à regret la rive fortunée Où je vais allumer les flambeaux d'hyménée ; Puis-je ne point chérir l'heureuse occasion D'aller du sang troyen sceller notre union, Et de laisser bientôt sous Troie ensevelie Le déshonneur d'un nom à qui le mien s'allie ?
SCÈNE IV - ACHILLE, CLYTEMNESTRE, IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS, AEGINE ACHILLE Princesse, mon bonheur ne dépend que de vous, Votre père à l'autel vous destine un époux. Venez y recevoir un coeur qui vous adore.
IPHIGÉNIE Seigneur, il n'est pas temps que nous partions encore. La Reine permettra que j'ose demander Un gage à votre amour, qu'il me doit accorder. Je viens vous présenter une jeune Princesse. Le ciel a sur son front imprimé sa noblesse. De larmes tous les jours ses yeux sont arrosés. Vous savez ses malheurs, vous les avez causés. Moi-même (où m'emportait une aveugle colère !) J'ai tantôt sans respect affligé sa misère. Que ne puis-je aussi bien par d'utiles secours Réparer promptement mes injustes discours ! Je lui prête ma voix, je ne puis davantage, Vous seul pouvez, Seigneur, détruire votre ouvrage.
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