|
Jean Racine - Iphigénie en Aulide
Ce que j'ai commencé je ne l'achève pas ? Qu'après l'avoir d'Argos amenée en Aulide, Je refuse à l'autel de lui servir de guide ? Dois-je donc de Calchas être moins près que vous ? Et qui présentera ma fille à son époux ? Quelle autre ordonnera cette pompe sacrée ?
AGAMEMNON Vous n'êtes point ici dans le palais d'Atrée : Vous êtes dans un camp ...
CLYTEMNESTRE Où tout vous est soumis, Où le sort de l'Asie en vos mains est remis, Où je vois sous vos lois marcher la Grèce entière, Où le fils de Thétis va m'appeler sa mère. Dans quel palais superbe et plein de ma grandeur Puis-je jamais paraître avec plus de splendeur ?
AGAMEMNON Madame, au nom des Dieux auteurs de notre race, Daignez à mon amour accorder cette grâce. J'ai mes raisons.
CLYTEMNESTRE Seigneur, au nom des mêmes Dieux, D'un spectacle si doux ne privez point mes yeux. Daignez ne point ici rougir de ma présence.
AGAMEMNON J'avais plus espéré de votre complaisance. Mais puisque la raison ne vous peut émouvoir, Puisque enfin ma prière a si peu de pouvoir ; Vous avez entendu ce que je vous demande, Madame. Je le veux, et je vous le commande. Obéissez.
SCÈNE II - CLYTEMNESTRE, seule. CLYTEMNESTRE D'où vient que d'un soin si cruel L'injuste Agamemnon m'écarte de l'autel ? Fier de son nouveau rang m'ose-t-il méconnaître ? Me croit-il à sa suite indigne de paraître ? Ou de l'empire encor timide possesseur, N'oserait-il d'Hélène ici montrer la soeur ? Et pourquoi me cacher ? Et par quelle injustice Faut-il que sur mon front sa honte rejaillisse ?
|