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Jean Racine - Iphigénie en Aulide
Il me faut sans honneur retourner sur mes pas, Et vous cherchez ici quelque autre que Calchas ?
ÉRIPHILE Madame, à ce discours je ne puis rien comprendre.
IPHIGÉNIE Vous m'entendez assez, si vous voulez m'entendre. Le sort injurieux me ravit un époux ; Madame, à mon malheur m'abandonnerez-vous ? Vous ne pouviez sans moi demeurer à Mycène. Me verra-t-on sans vous partir avec la Reine ?
ÉRIPHILE Je voulais voir Calchas avant que de partir.
IPHIGÉNIE Que tardez-vous, Madame, à le faire avertir ?
ÉRIPHILE D'Argos, dans un moment, vous reprenez la route.
IPHIGÉNIE Un moment quelquefois éclaircit plus d'un doute. Mais, Madame, je vois que c'est trop vous presser. Je vois ce que jamais je n'ai voulu penser. Achille ... Vous brûlez que je ne sois partie.
ÉRIPHILE Moi ? Vous me soupçonnez de cette perfidie ? Moi, j'aimerais, Madame, un vainqueur furieux, Qui toujours tout sanglant se présente à mes yeux, Qui la flamme à la main, et de meurtres avide, Mit en cendres Lesbos ...
IPHIGÉNIE Oui, vous l'aimez, perfide. Et ces mêmes fureurs que vous me dépeignez, Ces bras que dans le sang vous avez vus baignés, Ces morts, cette Lesbos, ces cendres, cette flamme, Sont les traits dont l'amour l'a gravé dans votre âme, Et loin d'en détester le cruel souvenir, Vous vous plaisez encore à m'en entretenir. Déjà plus d'une fois, dans vos plaintes forcées, J'ai dû voir, et j'ai vu, le fond de vos pensées. Mais toujours sur mes yeux ma facile bonté
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