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Jean Racine - Iphigénie en Aulide

Toujours avec un sens il en présente un autre.
En perdant un faux nom vous reprendrez le vôtre.

C'est là tout le danger que vous pouvez courir,

Et c'est peut-être ainsi que vous devez périr.

Songez que votre nom fut changé dès l'enfance.

ÉRIPHILE
Je n'ai de tout mon sort que cette connaissance ;
Et ton père, du reste infortuné témoin,

Ne me permit jamais de pénétrer plus loin.

Hélas ! dans cette Troie où j'étais attendue,

Ma gloire, disait-il, m'allait être rendue ;

J'allais, en reprenant et mon nom et mon rang,

Des plus grands Rois en moi reconnaître le sang.

Déjà je découvrais cette fameuse ville ;

Le Ciel mène à Lesbos l'impitoyable Achille.

Tout cède, tout ressent ses funestes efforts.

Ton père, enseveli dans la foule des morts,

Me laisse dans les fers à moi-même inconnue ;

Et de tant de grandeurs dont j'étais prévenue,,

Vile esclave des Grecs, je n'ai pu conserver

Que la fierté d'un sang que je ne puis prouver.

DORIS
Ah ! que perdant, Madame, un témoin si fidèle,
La main qui vous l'ôta vous doit sembler cruelle !

Mais Calchas est ici, Calchas si renommé,

Qui des secrets des Dieux fut toujours informé.

Le Ciel souvent lui parle. Instruit par un tel maître,

Il sait tout ce qui fut, et tout ce qui doit être.

Pourrait-il de vos jours ignorer les auteurs ?

Ce camp même est pour vous tout plein de protecteurs.

Bientôt Iphigénie, en épousant Achille,

Vous va sous son appui présenter un asile.

Elle vous l'a promis et juré devant moi,

Ce gage est le premier qu'elle attend de sa foi.

ÉRIPHILE
Que dirais-tu, Doris, si passant tout le reste,
Cet hymen de mes maux était le plus funeste ?

DORIS
Quoi, Madame ?

ÉRIPHILE
Tu vois avec étonnement

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