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Jean Racine - Iphigénie en Aulide
AGAMEMNON Eurybate, il suffit. Vous pouvez nous laisser. Le reste me regarde, et je vais y penser.
SCÈNE V - AGAMEMNON, ULYSSE AGAMEMNON Juste ciel, c'est ainsi qu'assurant ta vengeance, Tu romps tous les ressorts de ma vaine prudence ! Encor si je pouvais, libre dans mon malheur, Par des larmes au moins soulager ma douleur ! Triste destin des Rois ! Esclaves que nous sommes Et des rigueurs du sort, et des discours des hommes, Nous nous voyons sans cesse assiégés de témoins ; Et les plus malheureux osent pleurer le moins !
ULYSSE Je suis père, Seigneur. Et faible comme un autre, Mon coeur se met sans peine en la place du vôtre ; Et frémissant du coup qui vous fait soupirer, Loin de blâmer vos pleurs, je suis prêt de pleurer. Mais votre amour n'a plus d'excuse légitime, Les Dieux ont à Calchas amené leur victime. Il le sait, il l'attend ; et s'il la voit tarder, Lui-même à haute voix viendra la demander. Nous sommes seuls encor. Hâtez-vous de répandre Des pleurs que vous arrache un intérêt si tendre. Pleurez ce sang, pleurez. Ou plutôt, sans pâlir, Considérez l'honneur qui doit en rejaillir. Voyez tout l'Hellespont blanchissant sous nos rames, Et la perfide Troie abandonnée aux flammes, Ses peuples dans vos fers, Priam à vos genoux, Hélène par vos mains rendue à son époux ; Voyez de vos vaisseaux les poupes couronnées Dans cette même Aulide avec vous retournées, Et ce triomphe heureux qui s'en va devenir L'éternel entretien des siècles à venir.
AGAMEMNON Seigneur, de mes efforts je connais l'impuissance. Je cède, et laisse aux Dieux opprimer l'innocence. La victime bientôt marchera sur vos pas, Allez. Mais cependant faites taire Calchas, Et m'aidant à cacher ce funeste mystère, Laissez-moi de l'autel écarter une mère.
ACTE II
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