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Jean Racine - Iphigénie en Aulide

Éprouver la douleur que j'éprouve aujourd'hui,
Et courir vous jeter entre Calchas et lui !

Seigneur, vous le savez, j'ai donné ma parole,

Et si ma fille vient, je consens qu'on l'immole.

Mais malgré tous mes soins, si son heureux destin

La retient dans Argos, ou l'arrête en chemin,

Souffrez que sans presser ce barbare spectacle,

En faveur de mon sang j'explique cet obstacle,

Que j'ose pour ma fille accepter le secours

De quelque Dieu plus doux qui veille sur ses jours.

Vos conseils sur mon coeur n ont eu que trop d'empire ;

Et je rougis...

SCÈNE IV - AGAMEMNON, ULYSSE, EURYBATE


EURYBATE

Seigneur...

AGAMEMNON
Ah ! que vient-on me dire ?

EURYBATE
La Reine, dont ma course a devancé les pas,
Va remettre bientôt sa fille entre vos bras.

Elle approche. Elle s'est quelque temps égarée

Dans ces bois qui du camp semblent cacher l'entrée ;

A peine nous avons, dans leur obscurité,

Retrouvé le chemin que nous avions quitté.

AGAMEMNON
Ciel !

EURYBATE
Elle amène aussi cette jeune Ériphile,
Que Lesbos a livrée entre les mains d'Achille,

Et qui de son destin, qu'elle ne connaît pas,

Vient, dit-elle, en Aulide interroger Calchas.

Déjà de leur abord la nouvelle est semée,

Et déjà de soldats une foule charmée,

Surtout d'Iphigénie admirant la beauté,

Pousse au ciel mille voeux pour sa félicité.

Les uns avec respect environnaient la Reine,

D'autres me demandaient le sujet qui l'amène.

Mais tous ils confessaient que si jamais les Dieux

Ne mirent sur le trône un roi plus glorieux ;

Également comblé de leurs faveurs secrètes,

Jamais père ne fut plus heureux que vous l'êtes.

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