|
Jean Racine - Esther
Il ne nous reste plus que la triste mémoire. 135 Sion, jusques au ciel élévee autrefois, Jusqu'aux enfers maintenant abaissée, Puissé-je demeurer sans voix, Si dans mes chants ta douleur retracée Jusqu'au dernier soupir n'occupe ma pensée! 140
TOUT LE CHOEUR.
O rives du Jourdain! ô champs aimés des Cieux! Sacrés monts, fertiles vallées, Par cent miracles signalées! Du doux pays de nos aïeux Serons-nous toujours exilées? 145
UNE ISRAÉLITE seule.
Quand verrai-je, ô Sion! relever tes remparts, Et de tes tours les magnifiques faîtes? Quand verrai-je de toutes parts Tes peuples en chantant accourir à tes fêtes?
TOUT LE CHOEUR.
O rives du Jourdain! ô champs aimés des Cieux! 145 Sacrés monts, fertiles vallées, Par cent miracles signalees! Du doux pays de nos aïeux Serons-nous toujours exilées?
SCÈNE III.
ESTHER, MARDOCHÉE, ÉLISE, LE CHOEUR.
ESTHER.
Quel profane en ce lieu s'ose avancer vers nous? 155 Que vois-je? Mardochée? O mon père, est-ce vous? Un ange du Seigneur, sous son aile sacrée, A donc conduit vos pas et caché votre entrée? Mais d'où vient cet air sombre, et ce cilice affreux, Et cette cendre enfin qui couvre vos cheveux? 160 Que nous annoncez-vous?
MARDOCHEE.
O Reine infortunee! O d'un peuple innocent barbare destinee! Lisez, lisez l'arret detestable, cruel. Nous sommes tons perdus, et c'est fait d'Israel.
|