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Jean Racine - Esther

Aux pieds de l'Éternel je viens m'humilier,
Et goûter le plaisir de me faire oublier. 110

Mais a tous les Persans je cache leurs familles.

Il faut les appeler. Venez, venez, mes filles,

Compagnes autrefois de ma captivité,

De l'antique Jacob jeune postérité.

SCÈNE II.

ESTHER, ÉLISE, LE CHOEUR.

UNE DES ISRAÉLITES chante derrière le théâtre.

Ma soeur, quelle voix nous appelle? 115

UNE AUTRE.

J'en reconnais les agréables sons.
C'est la Reine.

TOUTES DEUX.

Courons, mes soeurs, obéissons,
La Reine nous appelle:

Allons, rangeons-nous auprès d'elle.

TOUT LE CHOEUR entrant sur la scène par plusieurs endroits differents.

La Reine nous appelle: 120
Allons, rangeons-nous auprès d'elle.

ÉLISE.

Ciel! quel nombreux essaim d'innocentes beautés
S'offre à mes yeux en foule et sort de tous côtés!

Quelle aimable pudeur sur leur visage est peinte!

Prospérez, cher espoir d'une nation sainte. 125

Puissent jusques au ciel vos soupirs innocents

Monter comme l'odeur d'un agréable encens!

Que Dieu jette sur vous des regards pacifiques.

ESTHER.

Mes filles, chantez-nous quelqu'un de ces cantiques
Où vos voix si souvent se mêlant à mes pleurs 130

De la triste Sion célèbrent les malheurs.

UNE ISRAÉLITE seule chante.

Déplorable Sion, qu'as-tu fait de ta gloire?
Tout l'univers admirait ta splendeur:

Tu n'es plus que poussière; et de cette grandeur

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