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Jean Racine - Esther
Dans ce temps-là sans doute agissait sur son coeur. Enfin, avec des yeux où régnait la douceur: «Soyez reine,» dit-il; et dès ce moment même 75 De sa main sur mon front posa son diadème. Pour mieux faire éclater sa joie et son amour, Il combla de présents tous les grands de sa cour; Et même ses bienfaits, dans toutes ses provinces. Invitèrent le peuple aux noces de leurs princes. 80
Helas! durant ces jours de joie et de festins, Quelle était en secret ma honte et mes chagrins! «Esther, disais-je, Esther dans la pourpre est assise, La moitié de la terre à son sceptre est soumise, Et de Jérusalem l'herbe cache les murs! 85 Sion, repaire affreux de reptiles impurs, Voit de son temple saint les pierres dispersées, Et du Dieu d'Israël les fêtes sont cessées!»
ÉLISE.
N'avez-vous point au Roi confié vos ennuis?
ESTHER.
Le Roi, jusqu'à ce jour, ignore qui je suis. 90 Celui par qui le ciel règle ma destinée Sur ce secret encor tient ma langue enchaînée.
ÉLISE.
Mardochée? Hé! peut-il approcher de ces lieux?
ESTHER.
Son amitié pour moi le rend ingénieux. Absent, je le consulte; et ses réponses sages 95 Pour venir jusqu'a moi trouvent mille passages. Un père a moins de soin du salut de son fils. Déjà même, déjà, par ses secrets avis, J'ai découvert au Roi les sanglantes pratiques Que formaient contre lui deux ingrats domestiques. 100 Cependant mon amour pour notre nation A rempli ce palais de filles de Sion, Jeunes et tendres fleurs, par le sort agitées, Sous un ciel étranger comme moi transplantées. Dans un lieu séparé de profanes témoins, 105 Je mets à les former mon étude et mes soins; Et c'est là que, fuyant l'orgueil du diadème, Lasse de vains honneurs, et me cherchant moi-même,
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