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Jean Racine - Esther
Quel sang demandez-vous?
ESTHER.
Va, traître, laisse-moi. Les Juifs n'attendent rien d'un méchant tel que toi. 1155 Misérable, le Dieu vengeur de l'innocence, Tout prêt à te juger, tient déjà sa balance. Bientôt son juste arrêt te sera prononcée. Tremble. Son jour approche, et ton règne est passé.
AMAN.
Oui, ce Dieu, je l'avoue, est un Dieu redoutable. 1160 Mais veut-il que l'on garde une haine implacable? C'en est fait: mon orgueil est forcé de plier; L'inexorable Aman est réduit à prier. (Il se jette à ses pieds.) Par le salut des Juifs, par ces pieds que j'embrasse, Par ce sage vieillard, l'honneur de votre race, 1165 Daignez d'un roi terrible apaiser le courroux. Sauvez Aman, qui tremble à vos sacrés genoux.
SCÈNE VI.
ASSUÉRUS, ESTHER, AMAN, ÉLISE, GARDES, LE CHOEUR.
ASSUÉRUS.
Quoi? le traître sur vous porte ses mains hardies? Ah! dans ses yeux confus je lis ses perfidies; Et son trouble, appuyant la foi de vos discours, 1170 De tous ses attentats me rappelle le cours. Qu'à ce monstre à l'instant l'âme soit arrachée; Et que devant sa porte, au lieu de Mardochée, Apaisant par sa mort et la terre et les cieux, De mes peuples vengés il repaisse les yeux. 1175 (Aman est emmené par les Gardes.)
SCÈNE VII.
ASSUÉRUS, ESTHER, MARDOCHÉE, ÉLISE, LE CHOEUR.
ASSUÉRUS continue en s'adressant à Mardochée.
Mortel chéri du ciel, mon salut et ma joie, Aux conseils des méchants ton roi n'est plus en proie. Mes yeux sont dessillés, le crime est confondu. Viens briller près de moi dans le rang qui t'est dû. Je te donne d'Aman les biens et la puissance; 1180 Possède justement son injuste opulence.
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