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Jean Racine - Esther
Est venu dans ces lieux souffler la cruauté. Un ministre ennemi de votre propre gloire. . . .
AMAN.
De votre gloire? Moi? Ciel! Le pourriez-vous crone? Moi, qui n'ai d'autre objet ni d'autre dieu. . . .
ASSUÉRUS.
Tais-toi. 1090 Oses-tu donc parler sans l'ordre de ton roi?
ESTHER.
Notre ennemi cruel devant vous se déclare: C'est lui. C'est ce ministre infidèle et barbare, Qui, d'un zèle trompeur à vos yeux revêtu, Contre notre innocence arma votre vertu. 1095 Et quel autre, grand Dieu! qu'un Scythe impitoyable Aurait de tant d'horreurs dicté l'ordre effroyable? Partout l'affreux signal en même temps donné De meurtres remplira l'univers étonné. On verra, sous le nom du plus juste des princes, 1100 Un perfide étranger désoler vos provinces, Et dans ce palais même, en proie à son courroux, Le sang de vos sujets regorger jusqu'à vous.
Et que reproche aux Juifs sa haine envenimée? Quelle guerre intestine avons-nous allumée? 1105 Les a-t-on vus marcher parmi vos ennemis? Fut-il jamais au joug esclaves plus soumis? Adorant dans leurs fers le Dieu qui les châtie, Pendant que votre main sur eux appesantie A leurs persécuteurs les livrait sans secours, 1110 Ils conjuraient ce Dieu de veiller sur vos jours, De rompre des méchants les trames criminelles, De mettre votre trône à l'ombre de ses ailes. N'en doutez point, Seigneur, il fut votre soutien. Lui seui mit à vos pieds le Parthe et l'Indien, 1115 Dissipa devant vous les innombrables Scythes, Et renferma les mers dans vos vastes limites. Lui seul aux yeux d'un Juif découvrit le dessein De deux traîtres tout prêts à vous percer le sein. Hélas! ce Juif jadis m'adopta pour sa fille. 1120
ASSUÉRUS.
Mardochée?
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