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Jean Racine - Esther
LE CHOEUR.
O douce paix! Heureux le coeur qui ne te perd jamais!
ÉLISE, sans chanter.
Mes soeurs, j'entends du bruit dans la chambre prochaine. On nous appelle: allons rejoindre notre reine. 825
ACTE TROISIEME.
Le théâtre représente les jardins d'Esther, et un des côtés du salon où se fait le festin.
SCÈNE I.
AMAN, ZARÈS.
ZARÈS.
C'est donc ici d'Esther le superbe jardin; Et ce salon pompeux est le lieu du festin. Mais tandis que la porte en est encor fermée, Écoutez les conseils d'une épouse alarmée. Au nom du sacré noeud qui me lie avec vous, 830 Dissimulez, Seigneur, cet aveugle courroux; Éclaircissez ce front où la tristesse est peinte; Les rois craignent surtout le reproche et la plainte. Seul entre tous les grands par la Reine invité, Ressentez donc aussi cette félicité. 835 Si le mal vous aigrit, que le bienfait vous touche. Je l'ai cent fois appris de votre propre bouche: Quiconque ne sait pas dévorer un affront, Ni de fausses couleurs se déguiser le front, Loin de l'aspect des rois qu'il s'écarte, qu'il fuie. 840 Il est des contre-temps qu'il faut qu'un sage essuie. Souvent avec prudence un outrage enduré Aux honneurs les plus hauts a servi de dégre.
AMAN.
O douleur! ô supplice affreux à la pensée! O honte, qui jamais ne peut être effacée! 845 Un exécrable Juif, l'opprobre des humains, S'est donc vu de la pourpre habillé par mes mains! C'est peu qu'il ait sur moi remporté la victoire; Malheureux, j'ai servi de héraut à sa gloire. Le traître! Il insultait à ma confusion; 850
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