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Jean Racine - Esther
LA JEUNE ISRAÉLITE.
Moi! je pourrais trahir le Dieu que j'aime? J'adorerais un dieu sans force et sans vertu, Reste d'un tronc par les vents abattu, 765 Qui ne peut se sauver lui-même?
LE CHOEUR chante.
Dieux impuissants, dieux sourds, tous ceux qui vous implorent Ne seront jamais entendus. Que les démons, et ceux qui les adorent, Soient à jamais détruits et confondus. 770
UNE ISRAÉLITE chante.
Que ma bouche et mon coeur, et tout ce que je suis, Rendent honneur au Dieu qui m'a donné la vie! Dans les craintes, dans les ennuis, En ses bontés mon âme se confie. Veut-il par mon trépas que je le glorifie? 775 Que ma bouche et mon coeur, et tout ce que je'suis, Rendent honneur au Dieu qui m'a donné la vie.
ÉLISE.
Je n'admirai jamais la gloire de l'impie.
UNE AUTRE ISRAÉLITE.
Au bonheur du méchant qu'une autre porte envie.
ÉLISE.
Tous ses jours paraissent charmants; 780 L'or éclate en ses vêtements; Son orgueil est sans borne ainsi que sa richesse; Jamais l'air n'est troublé de ses gémissements; Il s'endort, il s'éveille au son des instruments; Son coeur nage dans la mollesse. 785
UNE AUTRE ISRAÉLITE.
Pour comble de prospérité, Il espère revivre en sa postérité; Et d'enfants à sa table une riante troupe Semble boire avec lui la joie à pleine coupe. (Tout le reste est chanté.)
LE CHOEUR.
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