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Jean Racine - Esther
Seigneur, je n'ai jamais contemplé qu'avec crainte 645 L'auguste majesté sur votre front empreinte: Jugez combien ce front irrité contre moi Dans mon âme troublée a dû jeter d'effroi. Sur ce trône sacré, qu'environne la foudre, J'ai cru vous voir tout prêt à me reduire en poudre. 650 Hélas! sans frissonner, quel coeur audacieux Soutiendrait les éclairs qui partaient de vos yeux? Ainsi du Dieu vivant la colère étincelle. . . .
ASSUÉRUS.
O soleil! ô flambeaux de lumière immortelle! Je me trouble moi-même, et sans fremissement 655 Je ne puis voir sa peine et son saisissement. Calmez, Reine, calmez la frayeur qui vous presse Du coeur d'Assuérus souveraine maîtresse, Éprouvez seulement son ardente amitié: Faut-il de mes États vous donner la moitié? 660
ESTHER.
Hé! se peut-il qu'un roi craint de la terre entière; Devant qui tout fléchit et baise la poussière, Jette sur son esclave un regard si serein, Et m'offre sur son coeur un pouvoir souverain?
ASSUÉRUS.
Croyez-moi, chère Esther, ce sceptre, cet empire, 665 Et ces profonds respects que la terreur inspire, A leur pompeux éclat mêlent peu de douceur, Et fatiguent souvent leur triste possesseur. Je ne trouve qu'en vous je ne sais quelle grâce Qui me charme toujours et jamais ne me lasse. 670 De l'aimable vertu doux et puissants attraits! Tout respire en Esther l'innocence et la paix. Du chagrin le plus noir elle écarte les ombres, Et fait des jours sereins de mes jours les plus sombres Que dis-je? sur ce trône assis auprès de vous, 675 Des astres ennemis j'en crains moins le courroux, Et crois que votre front prête à mon diadème Un éclat qui le rend respectable aux dieux même. Osez donc me répondre, et ne me cachez pas Quel sujet important conduit ici vos pas. 680 Quel intérêt, quels soins vous agitent, vous pressent? Je vois qu'en m'écoutant vos yeux au Ciel s'adressent. Parlez: de vos désirs le succès est certain,
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