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Jean Racine - Esther

O d'un si grand service oubli trop condamnable!
Des embarras du trône effet inévitable!

De soins tumultueux un prince environné

Vers de nouveaux objets est sans cesse entraîné;

L'avenir l'inquiète, et le présent le frappe, 545

Mais plus prompt que l'éclair, le passe nous échappe;

Et de tant de mortels, à toute heure empressés

A nous faire valoir leurs soins intéressés,

Il ne s'en trouve point qui, touchés d'un vrai zèle,

Prennent à notre gloire un intérêt fidèle, 550

Du mérite oublié nous fassent souvenir;

Trop prompts à nous parler de ce qu'il faut punir.

Ah! que plutôt l'injure échappe à ma vengeance,

Qu'un si rare bienfait à ma reconnaissance!

Et qui voudrait jamais s'exposer pour son roi? 555

Ce mortel qui montra tant de zèle pour moi,

Vit-il encore?

ASAPH.

Il voit l'astre qui vous éclaire.

ASSUÉRUS.

Et que n'a-t-il plus tôt demandé son salaire?
Quel pays reculé le cachè a mes bienfaits?

ASAPH.

Assis le plus souvent aux portes du palais, 560
Sans se plaindre de vous, ni de sa destinée,

Il y traïne, Seigneur, sa vie infortunée.

ASSUÉRUS.

Et je dois d'autant moins oublier la vertu,
Qu'elle-même s'oublie. Il se nomme, dis-tu?

ASAPH.

Mardochée est le nom que je viens de vous lire. 565

ASSUÉRUS.

Et son pays?

ASAPH.

Seigneur, puisqu'il faut vous le dire,
C'est un de ces captifs à périr destinés,

Des rives du Jourdain sur l'Euphrate amenés.

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