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Jean Racine - Esther
PROLOGUE.
LA PIETE.
Du séjour bienheureux de la Divinité Je descends dans ce lieu, par la Grace habité. L'Innocence s'y plaît, ma compagne éternelle, Et n'a point sous les cieux d'asile plus fidèle. Ici, loin du tumulte, aux devoirs les plus saints 5 Tout un peuple naissant est formé par mes mains. Je nourris dans son coeur la semence féconde Des vertus dont il doit sanctifier le monde. Un roi qui me protége, un roi victorieux, A commis à mes soins ce dépôt précieux. 10 C'est lui qui rassembla ces colombes timides, Éparses en cent lieux, sans secours et sans guides. Pour elles à sa porte élevant ce palais, Il leur y fit trouver l'abondance et la paix.
Grand Dieu, que cet ouvrage ait place en ta mémoire. 15 Que tous les soins qu'il prend pour soutenir la gloire Soient gravés de ta main au livre où sont écrits Les noms prédestinés des rois que tu chéris. Tu m'écoutes. Ma voix ne t'est point étrangère. Je suis la Piété, cette fille si chère, 20 Qui t'offre de ce roi les plus tendres soupirs. Du feu de ton amour j'allume ses desirs. Du zèle qui pour toi l'enflamme et le dévore La chaleur se répand du couchant à l'aurore. Tu le vois tous les jours, devant toi prosterné, 25 Humilier ce front de splendeur couronné, Et confondant l'orgueil par d'augustes exemples, Baiser avec respect le pavé de tes temples. De ta gloire animé, lui seul de tant de rois S'arme pour ta querelle, et combat pour tes droits. 30 Le perfide intérêt, l'aveugle jalousie S'unissent centre toi pour l'affreuse hérésie; La discorde en fureur frémit de toutes parts; Tout semble abandonner tes sacrés etendards, Et l'enfer, couvrant tout de ses vapeurs funèbres, 35 Sur les yeux les plus saints a jeté ses ténèbres. Lui seul, invariable et fondé sur la foi, Ne cherche, ne regarde et n'écoute que toi; Et bravant du demon l'impuissant artifice,
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