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Jean Racine - Esther
HYDASPE.
Seigneur, vous le savez, son avis salutaire 445 Découvrit de Tharès le complot sanguinaire. Le Roi promit alors de le récompenser. Le Roi, depuis ce temps, paraît n'y plus penser.
AMAN.
Non, il faut à tes yeux dépouiller l'artifice. J'ai su de mon destin corriger l'injustice, 450
Dans les mains des Persans jeune enfant apporté, Je gouverne l'empire où je fus acheté. Mes richesses des rois égalent l'opulence. Environné d'enfants, soutiens de ma puissance, Il ne manque à mon front que le bandeau royal. 455 Cependant (des mortels aveuglement fatal!) De cet amas d'honneurs la douceur passagère Fait sur mon coeur à peine une atteinte légère; Mais Mardochée, assis aux portes du palais, Dans ce coeur malheureux enfonce mille traits; 460 Et toute ma grandeur me devient insipide, Tandis que le soleil éclaire ce perfide.
HYDASPE.
Vous serez de sa vue affranchi dans dix jours: La nation entière est promise aux vautours.
AMAN.
Ah! que ce temps est long à mon impatience! 465 C'est lui, je te veux bien cofier ma vengeance, C'est lui qui, devant moi refusant de ployer, Les a livrés au bras qui les va foudroyer. C'était trop peu pour moi d'une telle victime: La vengeance trop faible attire un second crime. 470 Un homme tel qu'Aman, lorsqu'on l'ose irriter, Dans sa juste fureur ne peut trop éclater. Il faut des châtiments dont l'univers frémisse; Qu'on tremble en comparant l'offense et le supplice; Que les peuples entiers dans le sang soient noyés. 475 Je veux qu'on dise un jour aux siècles effrayés: «Il fut des Juifs, il fut une insolente race; Répandus sur la terre, ils en couvraient la face, Un seul osa d'Aman attirer le courroux, Aussitôt de la terre ils disparurent tous.» 480
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