bibliotheq.net - littérature française
 

Jean Racine - Esther

Et que je mets au rang des profanations 275
Leur table, leurs festins, et leurs libations;

Que même cette pompe où je suis condamnée,

Ce bandeau, dont il faut que je paraisse ornée

Dans ces jours solennels à l'orgueil dédiés,

Seule et dans le secret je le foule à mes pieds; 280

Qu'à ces vains ornements je préfère la cendre,

Et n'ai de goût qu'aux pleurs que tu me vois répandre,

J'attendais le moment marqué dans ton arrêt,

Pour oser de ton peuple embrasser l'intérêt.

Ce moment est venu: ma prompte obéissance 285

Va d'un roi redoutable affronter la présence,

C'est pour toi que je marche. Accompagne mes pas

Devant ce fier lion qui ne te connaît pas,

Commande en me voyant que son courroux s'apaise,

Et prête à mes discours un charme qui lui plaise. 290

Les orages, les vents, les cieux te sont soumis:

Tourne enfin sa fureur centre nos ennemis.

SCÈNE V.

(Toute cette scène est chantée.)

LE CHOEUR.

UNE ISRAÉLITE seule.

Pleurons et gémissons, mes fidèles compagnes;
A nos sanglots donnons un libre cours.

Levons les yeux vers les saintes montagnes 295

D'où l'innocence attend tout son secours.

O mortelles alarmes!

Tout Israël périt. Pleurez, mes tristes yeux:

Il ne fut jamais sous les cieux

Un si juste sujet de larmes. 300

TOUT LE CHOEUR.

O mortelles alarmes!

UNE AUTRE ISRAÉLITE.

N'était-ce pas assez qu'un vainqueur odieux
De l'auguste Sion eût détruit tous les charmes,

Et traîné ses enfants captifs en mille lieux?

TOUT LE CHOEUR.

O mortelles alarmes! 305

< page précédente | 12 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.