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Jean Racine - Esther
ESTHER.
Allez. Que tous les Juifs dans Suse répandus, A prier avec vous jour et nuit assidus, 240 Me prêtent de leurs voeux le secours salutaire, Et pendant ces trois jours gardent un jeûne austère. Déjà la sombre nuit a commencé son tour: Demain, quand le soleil rallumera le jour, Contente de périr, s'il faut que je périsse, 245 J'irai pour mon pays m'offrir en sacrifice. Qu'on s'éloigne un moment.
(Le Choeur se retire vers le fond du théâtre.)
SCÈNE IV.
ESTHER, ÉLISE, LE CHOEUR.
ESTHER.
O mon souverain Roi! Me voici donc tremblante et seule devant toi. Mon père mille fois m'a dit dans mon enfance Qu'avec nous tu juras une sainte alliance, 250 Quand, pour te faire un peuple agréable à tes yeux, Il plut à ton amour de choisir nos aïeux. Même tu leur promis de ta bouche sacrée Une postérité d'éternelle durée. Hélas! ce peuple ingrat a méprisé ta loi; 255 La nation chérie a violé sa foi; Elle a répudiée son époux et son père, Pour rendre à d'autres dieux un honneur adultère. Maintenant elle sert sous un maître étranger. Mais c'est peu d'être esclave, on la veut égorger. 260 Nos superbes vainqueurs, insultant à nos larmes, Imputent à leurs dieux le bonheur de leurs armes, Et veulent aujourd'hui qu'un même coup mortel Abolisse ton nom, ton peuple et ton autel. Ainsi donc un perfide, après tant de miracles, 265 Pourrait anéantir la foi de tes oracles, Ravirait aux mortels le plus cher de tes dons, Le saint que tu promets et que nous attendons? Non, non, ne souffre pas que ces peuples farouches, Ivres de notre sang, ferment les seules bouches 270 Qui dans tout l'univers célèbrent tes bienfaits; Et confonds tous ces dieux qui ne furent jamais.
Pour moi, que tu retiens parmi ces infidèles, Tu sais combien je hais leurs fêtes criminelles,
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