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Jean Racine - Britannicus
A ma confusion, Néron veut faire voir Qu'Agrippine promet par delà son pouvoir. Rome de ma faveur est trop préoccupée : Il veut par cet affront qu'elle soit détrompée, Et que tout l'univers apprenne avec terreur A ne confondre plus mon fils et l'empereur. Il le peut. Toutefois j'ose encore lui dire Qu'il doit avant ce coup affermir son empire ; Et qu'en me réduisant à la nécessité D'éprouver contre lui ma faible autorité, Il expose la sienne ; et que dans la balance Mon nom peut-être aura plus de poids qu'il ne pense.
BURRHUS Quoi, madame ! toujours soupçonner son respect ? Ne peut-il faire un pas qui ne vous soit suspect ? L'empereur vous croit-il du parti de Junie ? Avec Britannicus vous croit-il réunie ? Quoi ! de vos ennemis devenez-vous l'appui Pour trouver un prétexte à vous plaindre de lui ? Sur le moindre discours qu'on pourra vous redire, Serez-vous toujours prête à partager l'empire ? Vous craindrez-vous sans cesse ; et vos embrassements Ne se passeront-ils qu'en éclaircissements ? Ah ! quittez d'un censeur la triste diligence ; D'une mère facile affectez l'indulgence ; Souffrez quelques froideurs sans les faire éclater, Et n'avertissez point la cour de vous quitter.
AGRIPPINE Et qui s'honorerait de l'appui d'Agrippine, Lorsque Néron lui-même annonce ma ruine, Lorsque de sa présence il semble me bannir, Quand Burrhus à sa porte ose me retenir ?
BURRHUS Madame, je vois bien qu'il est temps de me taire. Et que ma liberté commence à vous déplaire. La douleur est injuste : et toute les raisons Qui ne la flattent point aigrissent ses soupçons. Voici Britannicus. Je lui cède ma place. Je vous laisse écouter et plaindre son disgrâce, Et peut-être, madame, en accuser le soins De ceux que l'empereur a consulté le moins.
SCENE III - AGRIPPINE, BRITANNICUS AGRIPPINE
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