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Jean Racine - Britannicus
Les déserts, autrefois peuplés de sénateurs, Ne sont plus habités que par leurs délateurs. Qu'importe que César continue à nous croire, Pourvu que nos conseils ne tendent qu'à sa gloire ; Pourvu que dans le cours d'un règne florissant Rome soit toujours libre, et César tout-puissant ? Mais, madame, Néron suffit pour se conduire. J'obéis, sans prétendre à l'honneur de l'instruire. Sur ses aïeux, sans doute, il n'a qu'à se régler ; Pour bien faire Néron n'a qu'à se ressembler. Heureux si ses vertus, l'une à l'autre enchaînées, Ramènent tous les ans ses premières années !
AGRIPPINE Ainsi sur l'avenir n'osant vous assurer, Vous croyez que sans vous Néron va s'égarer. Mais vous qui, jusqu'ici content de votre ouvrage, Venez de ses vertus nous rendre témoignage, Expliquez-nous pourquoi, devenu ravisseur, Néron de Silanus fait enlever la soeur ? Ne tient-il qu'à marquer de cette ignominie Le sang de mes aïeux qui brille dans Junie ? De quoi l'accuse-t-il ? Et par quel attentat Devient-elle en un jour criminelle d'Etat : Elle qui, sans orgueil jusqu'alors élevée, N'aurait point vu Néron, s'il ne l'eût enlevée ; Et qui même aurait mis au rang de ses bienfaits L'heureuse liberté de ne le voir jamais ?
BURRHUS Je sais que d'aucun crime elle n'est soupçonnée ; Mais jusqu'ici César ne l'a point condamnée, Madame. Aucun objet ne blesse ici ses yeux : Elle est dans un palais tout plein de ses aïeux. Vous savez que les droits qu'elle porte avec elle Peuvent de son époux faire un prince rebelle ; Que le sang de César ne se doit allier Qu'à ceux à qui César le veut bien confier ; Et vous-même avouerez qu'il ne serait pas juste Qu'on disposât sans lui de la nièce d'Auguste.
AGRIPPINE Je vous entends : Néron m'apprend par votre voix Qu'en vain Britannicus s'assure de mon choix. En vain pour détourner ses yeux de sa misère, J'ai flatté ses yeux d'un hymen qu'il espère.
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