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Jean Racine - Britannicus
Au nom de l'empereur j'allais vous informer D'un ordre qui d'abord a pu vous alarmer, Mais qui n'est que l'effet d'une sage conduite, Dont César a voulu que vous soyez instruite.
AGRIPPINE Puisqu'il le veut, entrons : il m'instruira mieux.
BURRHUS César pour quelque temps s'est souscrit à nos yeux. Déjà par une porte au public moins connue L'un et l'autre consul vous avait prévenue, Madame. Mais souffrez que je retourne exprès...
AGRIPPINE Non, je ne trouble point ses augustes secrets ; Cependant voulez-vous qu'avec moins de contrainte L'un et l'autre une fois nous nous parlions sans feinte ?
BURRHUS Burrhus pour le mensonge eut toujours trop d'horreur...
AGRIPPINE Prétendez-vous longtemps me cacher l'empereur ? Ne le verrai-je plus qu'à titre d'importune ? Ai-je donc élevé si haut votre fortune Pour mettre une barrière entre mon fils et moi ? Ne l'osez-vous pas laisser un moment sur sa foi ? Entre Sénèque et vous disputez-vous la gloire A qui m'effacera plus tôt de sa mémoire ? Vous l'ai je confié pour en faire un ingrat, pour être, sous son nom, les maîtres de l'Etat ? Certes, plus je médite et moins je me figure Que vous m'osiez compter pour votre créature, Vous, dont j'ai pu laisser vieillir l'ambition Dans les honneurs obscurs de quelque légion ; Et moi, qui sur le trône ai suivi mes ancêtres, Moi, fille, femme, soeur et mère de vos maîtres ! Que prétendez-vous donc ? Pensez-vous que ma voix Ait fait un empereur pour m'en imposer trois ? Néron n'est plus enfant : n'est-il pas temps qu'il règne ? Jusqu'à quand voulez-vous que l'empereur vous craigne ? Ne saurait-il rien voir qu'il n'emprunte vos yeux ? Pour se conduire, enfin, n'a-t-il pas ses aïeux ? Qu'il choisisse, s'il veut, d'Auguste ou de Tibère ; Qu'il imite, s'il peut, Germanicus, mon père.
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