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Jean Racine - Britannicus
Je vois mes honneurs croître et tomber mon crédit. Non, non, le temps n'est plus que Néron, jeune encore, Me renvoyait les voeux d'une cour qui l'adore ; Lorsqu'il se reposait sur moi, de tout, l'Etat, Que mon ordre au palais assemblait le sénat, Et que derrière un voile, invisible et présente, J'étais de ce grand corps l'âme toute-puissante. Des volontés de Rome alors mal assuré, Néron de sa grandeur n'était point enivré. Ce jour, ce triste jour, frappe encor ma mémoire, Où Néron fut lui-même ébloui de sa gloire, Quand les ambassadeurs de tant de rois divers Vinrent le reconnaître au nom de l'univers. Sur son trône avec lui j'allais prendre ma place : J'ignore quel conseil prépara ma disgrâce ; Quoi qu'il en soit, Néron, d'aussi loin qu'il me vit, Laissa sur son visage éclater son dépit. Mon coeur même en conçut un malheureux augure. L'ingrat, d'un faux respect colorant son injure, Se leva par avance ; et courant m'embrasser, Il m'écarta du trône où je m'allais placer. Depuis ce coup fatal le pouvoir d'Agrippine Vers sa chute à grands pas chaque jour s'achemine. L'ombre seule m'en reste ; et l'on n'implore plus Que le nom de Sénèque et l'appui de Burrhus.
ALBINE Ah ! si de ce soupçon votre âme est prévenue, Pourquoi nourrissez-vous le venin qui vous tue ? Allez avec César vous éclaircir du moins.
AGRIPPINE César ne me voit plus, Albine, sans témoins : En public, à mon heure, on me donne audience. Sa réponse est dictée et même son silence. Je vois deux surveillants, ses maîtres et les miens, Présider l'un ou l'autre à tous nos entretiens. Mais je le poursuivrai d'autant plus qu'il m'évite : De son désordre, Albine, il faut que je profite. J'entends du bruit ; on ouvre. Allons subitement Lui demander raison de cet enlèvement : Surprenons, s'il se peut, les secrets de son âme. Mais quoi ! déjà Burrhus sort de chez lui !
SCENE II - AGRIPPINE, BURRHUS, ALBINE BURRHUS Madame,
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