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Jean Racine - Britannicus

Je m'en fie à Burrhus ; j'en crois même son maître :
Je crois qu'à mon exemple, impuissant à trahir,

Il hait à coeur ouvert, ou cesse de haïr.

JUNIE
Seigneur, ne jugez pas de son coeur par le vôtre :
Sur des pas différents vous marchez l'un et l'autre.

Je ne connais Néron et la cour que d'un jour ;

Mais, si j'ose le dire, hélas dans cette cour

Combien tout ce qu'on dit est loin de ce qu'on pense !

Que la bouche et le coeur sont peu d'intelligence !

Avec combien de joie on y trahit sa foi !

Quel séjour étranger et pour vous et pour moi !

BRITANNICUS
Mais que son amitié soit véritable ou feinte,
Si vous craignez Néron, lui-même est-il sans crainte ?

Non, non, il n'ira point par un lâche attentat,

Soulever contre lui le peuple et le sénat.

Que dis-je ? Il reconnaît sa dernière injustice,

Ses remords ont paru, même aux yeux de Narcisse.

Ah ! s'il vous avait dit ma princesse à quel point....

JUNIE
Mais, Narcisse, Seigneur, ne vous trahit-il point ?

BRITANNICUS
Et pourquoi voulez-vous que mon coeur s'en défie ?

JUNIE
Et que sais-je ? Il y va, Seigneur, de votre vie :
Tout m'est suspect : je crains que je ne sois séduit.

Je crains Néron ; je crains le malheur qui me suit

D'un noir pressentiment, malgré moi prévenue,

Je vous laisse à regret éloigner de ma vue.

Hélas ! si cette paix dont vous vous repaissez

Couvrait contre vos jours quelques pièges dressés ;

Si Néron, irrité de notre intelligence,

Avait choisi la nuit pour cacher sa vengeance ;

S'il préparait ses coups tandis que je vous vois ;

Et si je vous parlais pour la dernière fois !

Ah ! prince !

BRITANNICUS
Vous pleurez ! Ah ! ma chère princesse !
Et pour moi jusque-là votre coeur s'intéresse !

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