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Jean Racine - Britannicus
Vous verrez mettre au rang des jours infortunés Ceux où jadis la soeur et le frère sont nés.
NÉRON Narcisse, encore un coup, je ne puis l'entreprendre. J'ai promis à Burrhus, il a fallu me rendre. Je ne veux point encore, en lui manquant de foi, Donner à sa vertu des armes contre moi. J'oppose à ses raisons un courage inutile : Je ne l'écoute point avec un coeur tranquille.
NARCISSE Burrhus ne pense pas, Seigneur, tout ce qu'il dit : Son adroite vertu ménage son crédit ; Ou plutôt ils n'ont tous qu'une même pensée : Ils verraient par ce coup leur puissance abaissée ; Vous seriez libre alors, Seigneur ; et, devant vous, Ces maîtres orgueilleux fléchiraient comme nous. Quoi donc ! ignorez-vous tout ce qu'ils osent dire ? "Néron, s'ils en sont crus, n'est point né pour l'empire ; "Il ne dit, il ne fait que ce qu'on lui prescrit : "Burrhus conduit son coeur, Sénèque son esprit. "Pour toute ambition, pour vertu singulière, "Il excelle à conduire un char dans la carrière, "A disputer des prix indignes de ses mains, "A se donner lui-même en spectacle aux Romains, "A venir prodiguer sa voix sur un théâtre, "A réciter des chants qu'il veut qu'on idolâtre ; "Tandis que des soldats, de moments en moments, "Vont arracher pour lui les applaudissements." Ah ! ne voulez-vous pas les forcer à se taire ?
NÉRON Viens, Narcisse : allons voir ce que nous devons faire.
ACTE V - - -
SCENE PREMIERE - BRITANNICUS, JUNIE BRITANNICUS Oui, madame, Néron, qui l'aurait pu penser ? Dans son appartement m'attend pour m'embrasser. Il y fait de sa cour inviter la jeunesse ; Il veut que d'un festin la pompe et 'allégresse Confirment à leurs yeux la foi de nos serments, Et réchauffent l'ardeur de nos embrassements ; Il éteint cet amour, source de tant de haine ; Il vous fait de mon sort arbitre souveraine.
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