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Jean Racine - Britannicus
NARCISSE Elle s'en est vantée assez publiquement.
NÉRON De quoi ?
NARCISSE Qu'elle n'avait qu'à vous voir un moment ; Qu'à tout ce grand éclat, à ce courroux funeste, On verrait succéder un silence modeste ; Que vous-même à la paix souscririez le premier : Heureux que sa bonté daignât tout oublier !
NÉRON Mais, Narcisse, dis-moi, que veux-tu que je fasse ? Je n'ai que trop de pente à punir son audace ; Et, si je m'en croyais, ce triomphe indiscret Serait bientôt suivi d'un éternel regret. Mais de tout l'univers quel sera le langage ? Sur les pas des tyrans veux-tu que je m'engage, Et que Rome, effaçant tant de titres d'honneur, Me laisse pour tous noms celui d'empoisonneur ? Ils mettront ma vengeance au rang des parricides.
NARCISSE Et prenez-vous, Seigneur, leurs caprices pour guides ? Avez-vous prétendu qu'ils se tairont toujours ? Est-ce à vous de prêter l'oreille à leurs discours ? De vos propres désirs perdez-vous la mémoire ? Et serez-vous le seul que vous n'oserez croire ? Mais, Seigneur, les Romains ne vous sont pas connus. Non, non, dans leurs discours ils sont plus retenus. Tant de précaution affaiblit votre règne : Ils croiront, en effet, mériter qu'on les craigne. Au joug, depuis longtemps, ils se sont façonnés ; Ils adorent la main qui les tient enchaînés. Vous les verrez toujours ardents à vous complaire : Leur prompte servitude a fatigué Tibère. Moi-même, revêtu d'un pouvoir emprunté, Que je reçus de Claude avec la liberté, J'ai cent fois, dans le cours de ma gloire passée, Tenté leur patience, et je ne l'ai point lassée. D'un empoisonnement vous craignez la noirceur ? Faites périr le frère, abandonner la soeur ; Rome, sur les autels, prodiguant les victimes, Fussent-ils innocents. leur trouvera des crimes :
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