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Jean Racine - Britannicus
Seigneur, j'ai tout prévu pour une mort si juste : Le poison est tout prêt. La fameuse Locuste A redoublé pour moi ses soins officieux : Elle a fait expirer un esclave à mes yeux ; Et le fer est moins prompt, pour trancher une vie, Que le nouveau poison que sa main me confie.
NÉRON Narcisse, c'est assez ; je reconnais ce soin, Et ne souhaite pas que vous alliez plus loin.
NARCISSE Quoi ! pour Britannicus votre haine affaiblie Me défend...
NÉRON Oui, Narcisse : on nous réconcilie.
NARCISSE Je me garderai bien de vous en détourner, Seigneur. Mais il s'est vu tantôt emprisonner : Cette offense en son coeur sera longtemps nouvelle. Il n'est point de secrets que le temps ne révèle : Il saura que ma main lui devait présenter Un poison que votre ordre avait fait apprêter. Les dieux de ce dessein puissent-ils le distraire ! Mais peut-être il fera ce que vous n'osez faire.
NÉRON On répond de son coeur ; et je vaincrai le mien.
NARCISSE Et l'hymen de Junie en est-il le lien ? Seigneur, lui faites-vous encor ce sacrifice ?
NÉRON C'est prendre trop de soin. Quoi qu'il en soit, Narcisse, Je ne le compte plus parmi mes ennemis.
NARCISSE Agrippine, Seigneur, se l'était bien promis : Elle a repris sur vous son souverain empire.
NÉRON Quoi donc ? Qu'a-t-elle dit ? Et que voulez-vous dire ?
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