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Jean Racine - Britannicus
Et pour vos ennemis compter tous vos sujets. Ah ! de vos premiers ans l'heureuse expérience Vous fait-elle, Seigneur, haïr votre innocence ? Songez-vous au bonheur qui les a signalés ? Dans quel repos, ô ciel, les avez-vous coulés ? Quel plaisir de penser et de dire en vous-même : "Partout, en ce moment, on me bénit, on m'aime ; "On ne voit point le peuple à mon nom s'alarmer ; "Le ciel dans tous leurs pleurs ne m'entend point nommer ; "Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage ; "Je vois voler partout les coeurs à mon passage !" Tels étaient vos plaisirs. Quel changement, ô dieux ! Le sang le plus abject vous était précieux ; Un jour, il m'en souvient, le sénat équitable Vous pressait de souscrire à la mort d'un coupable ; Vous résistiez, Seigneur, à leur sévérité ; Votre coeur s'accusait de trop de cruauté ; Et, plaignant les malheurs attachés à l'empire, "Je voudrais, disiez-vous, ne savoir pas écrire". Non, ou vous me croirez, ou bien de ce malheur Ma mort m'épargnera la vue et la douleur : On ne me verra point survivre à votre gloire, Si vous allez commettre une action si noire. Me voilà prêt, Seigneur : avant que de partir, Faites percer ce coeur qui n'y peut consentir ; Appelez les cruels qui vous l'ont inspirée ; Qu'ils viennent essayer leur main mal assurée... Mais je vois que mes pleurs touchent mon empereur. Je vois que sa vertu frémit de leur fureur. Ne perdez point de temps, nommez-moi les perfides Qui vous osent donner ces conseils parricides ; Appelez votre frère, oubliez dans ses bras...
NÉRON Ah ! que demandez-vous ?
BURRHUS Non, il ne vous hait pas, Seigneur ; on le trahit : je sais son innocence ; Je vous réponds pour lui de son obéissance. J'y cours. Je vais presser un entretien si doux.
NÉRON Dans mon appartement qu'il m'attende avec vous.
SCENE IV - NERON, NARCISSE NARCISSE
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