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Jean Racine - Britannicus
BURRHUS Et qui de ce dessein vous inspire l'envie ?
NÉRON Ma gloire, mon amour, ma sûreté, ma vie.
BURRHUS Non, quoi que vous disiez, cet horrible dessein Ne fut jamais, Seigneur, conçu dans votre sein.
NÉRON Burrhus !
BURRHUS De votre bouche, ô ciel ! puis-je l'apprendre ? Vous-même sans frémir, avez-vous pu l'entendre ? Songez-vous dans quel sang vous allez vous baigner ? Néron dans tous les coeurs est-il las de régner ! Que dira-t-on de vous ? Quelle est votre pensée ?
NÉRON Quoi ! toujours enchaîné de ma gloire passée, J'aurai devant les yeux je ne sais quel amour Que le hasard nous donne et nous ôte en un jour ? Soumis à tous leurs voeux, à mes désirs contraire, Suis-je leur empereur seulement pour leur plaire ?
BURRHUS Et ne suffit-il pas, Seigneur à vos souhaits Que le bonheur public soit un de vos bienfaits ? C'est à vous à choisir, vous êtes encore maître. Vertueux jusqu'ici, vous pouvez toujours l'être : Le chemin est tracé, rien ne vous retient plus ; Vous n'avez qu'à marcher de vertus en vertus. Mais, si de vos flatteurs, vous suivez la maxime, Il vous faudra, Seigneur, courir de crime en crime, Soutenir vos rigueurs par d'autres cruautés, Et laver dans le sang vos bras ensanglantés. Britannicus mourant excitera le zèle De ses amis, tout prêts à prendre sa querelle. Ces vengeurs trouveront de nouveaux défenseurs, Qui, même après leur mort, auront des successeurs : Vous allumez un feu qui ne pourra s'éteindre. Craint de tout l'univers, il vous faudra tout craindre, Toujours punir, toujours trembler dans vos projets,
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