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Jean Racine - Britannicus

Qu'ils soient libres tous deux, et que Pallas demeure ;
Que vous me permettiez de vous voir à toute heure ;

A votre porte enfin n'ose plus m'arrêter.

NÉRON
Oui, madame, je veux que ma reconnaissance
Désormais dans les coeurs grave votre puissance ;

Et je bénis déjà cette heureuse froideur,

Qui de notre amitié va rallumer l'ardeur.

Quoi que Pallas ait fait, il suffit, je l'oublie ;

Avec Britannicus je me réconcilie ;

Et, quant à cet amour qui nous a séparés,

Je vous fais notre arbitre, et vous nous jugerez.

Allez donc, et portez cette joie à mon frère.

Gardes, qu'on obéisse aux ordres de ma mère.

SCENE III - NERON, BURRHUS


BURRHUS

Que cette paix, Seigneur, et ces embrassements
Vont offrir à mes yeux des spectacles charmants !

Vous savez si jamais ma voix lui fut contraire,

Si de son amitié j'ai voulu vous distraire,

Et si j'ai mérité cet injuste courroux.

NÉRON
Je ne vous flatte point, je me plaignais de vous,
Burrhus : je vous ai crus tous deux d'intelligence ;

Mais son inimitié vous rend ma confiance.

Elle se hâte trop, Burrhus, de triompher :

J'embrasse mon rival, mais c'est pour l'étouffer.

BURRHUS
Quoi, Seigneur !

NÉRON
C'en est trop : il faut que sa ruine
Me délivre à jamais des fureurs d'Agrippine.

Tant qu'il respirera je ne vis qu'à demi.

Elle m'a fatigué de ce nom ennemi ;

Et je ne prétends pas que sa coupable audace

Une seconde fois lui promette ma place.

BURRHUS
Elle va donc bientôt pleurer Britannicus ?

NÉRON
Avant la fin du jour je ne le craindrai plus.

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